Saints, Martyrs, Reliques et images miraculeuses

Publié le par amourdemarie

I. Introduction

Les reliques (du latin reliquiae, « restes »), sont les restes matériels qu'a ou qu'aurait laissés derrière lui un saint personnage en mourant : soit des parties de son corps, soit d'autres objets qu'il a, pour les croyants, sanctifiés par son contact.

Dans le Temple de Jérusalem était conservée, du moins jusqu'au sac de cette ville par Nabuchodonosor, l'Arche d'Alliance dont la construction avait été demandée par Dieu lui-même (Exode XXV), qui incarnait la présence et la faveur de Dieu (Premier livre de Samuel IV,3), et que Salomon avait placée dans le Saint des saints (Premier livre des Rois VIII).

Selon certains textes scripturaires, cette arche n'aurait contenu que les deux Tables de la Loi écrites par Dieu lui-même; mais l'auteur inconnu de la Lettre aux Hébreux, juif du premier siècle, nous informe des croyances juives de son temps, selon lesquelles l'Arche (alors disparue) avait également contenu un vase d'or plein de Manne, ainsi que la Verge d'Aaron qui avait refleuri.

D'après le Livre des Nombres, chapitre 21, Moïse avait confectionné sur l'ordre de Dieu en airain un "serpent" (en hébreu nahash), que devaient regarder ceux qui avait été mordus par un serpent.

Après la construction du Temple de Jérusalem, on y révéra quelque temps cette relique des temps mosaïques, car, selon le Deuxième livre des rois, le roi Ézéchias, grand réformateur du judaïsme, le mit en pièces. En effet "les enfants d'Israël avaient jusqu'alors brûlé des parfums devant lui: on l'appelait Nehoushtan." (XVIII,4).

Le prophète Elisée, successeur de son maître Élie, récupère son manteau, grâce auquel il renouvelle ses miracles (Deuxième livre des rois, II, 16).

Le premier aspect est la croyance presque universellement répandue que les pouvoirs des thaumaturges (celui qui fait des miracles ) se continuent dans les objets qui sont ou ont été en contact avec eux, et spécialement dans leurs ossements et dans leurs vêtements. On le voit déjà dans l'Ancien Testament lorsqu'un homme jeté en terre reprend vie après avoir touché les ossements d'Elisée (Deuxième livre des rois XIII, 21).

Du vivant même de Jésus le contact de ses vêtements suffit à guérir : « Or une femme, atteinte d'un flux de sang depuis douze ans et que personne n'avait pu guérir s'approcha par derrière et toucha la frange de son manteau ; et à l'instant même son flux de sang fut guéri » (Évangile selon Luc, VIII, 43-44) ; et aussi du vivant de ses disciples tels que Paul, à la génération suivante : « Dieu opérait par les mains de Paul des miracles peu banals, à tel point qu'il suffisait d'appliquer sur les malades des mouchoirs ou des linges qui avaient touché son corps: alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais s'en allaient » (Actes des Apôtres XIX, 11-12).

Le deuxième aspect est le culte rendu au Christ sur la tombe de ceux qui avaient préféré mourir que de le renier, et que l'on appelle pour cela les martyrs (en grec : « témoins »). Cette vénération des restes des martyrs est attestée dès la seconde moitié du second siècle par le texte du martyre de Polycarpe.

Comme on pense d'une part que le corps des martyrs a été habité par le Saint-Esprit, et d'autre part qu'il est appelé à ressusciter corporellement au Jour du Jugement dernier, on considère qu'il est profitable de prier, puis de se faire enterrer à proximité de ces corps privilégiés pour tirer parti de la communion des saints. C'est l'origine première des basiliques construites généralement sur d'anciennes zones funéraires, à la périphérie des villes antiques.

Le droit canon interdit strictement le commerce des reliques, qui est un blasphème. Quant aux reliques les plus significatives, il est absolument interdit de leur faire subir quelque aliénation ou transfert définitif que ce soit sans l'approbation du Saint-Siège. En revanche les reliques de la troisième classe sont distribuées libéralement aux simples fidèles, sous forme par exemple de tout petits fragments d'étoffes ayant été touchées par un saint ou par ses ossements.

II. Différentes catégories de reliques chrétiennes

1. Reliques vétéro-testamentaires

Dès l'époque paléo-chrétienne, on montrait aux touristes-pèlerins qui faisaient le voyage de la Terre Sainte différentes reliques des temps bibliques. certaines d'entre elles passèrent ensuite dans les collections des églises, ou des particuliers d'Europe occidentale.

* Poils de la barbe de Noé, qu'Auguste Ier de Saxe était fier, dit-on, de montrer dans sa collection.
* Verge d'Aaron. Selon l'Epître aux Hébreux, ce bâton était conservé dans l'Arche d'Alliance, et, selon le Deuxième livre des Maccabées (II, 4-5), le prophète Jérémie avait dissimulé la dite Arche dans une grotte du mont Nébo. Néanmoins la verge d'Aaron passait aussi pour être conservée en divers lieu de l'Europe chrétienne: en Italie dans l'église romaine de Saint-Jean-de-Latran en même temps que dans la cathédrale de Florence; en Espagne; à San Salvador; en France dans la Sainte Chapelle de Paris en même temps que dans la cathédrale de Bordeaux.

2. Reliques de Marie et de la Sainte Enfance

* La tunique de Marie, conservée dans la cathédrale Notre-Dame de Chartres
* La ceinture de la Vierge, le Sacro Cingolo (ou Sacra Cintola) conservée à la cathédrale de Prato, en Italie, et présentée, à la foule des pèlerins, cinq fois par an.
* Le Saint Ombilic.
* Le Saint Berceau de la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome.
* Les Présents des Rois mages, conservés au mont Athos.
* Les restes des Rois mages sont conservés à Cologne, où ils auraient été transportés depuis Milan en 1164.
* Trois crânes de Saints Innocents, au monastère de Coulombs.
* Le Saint Prépuce.
* Les Saintes Dents.

3. Reliques de la vie publique de Jésus

* La Sainte Tunique du Christ
* Les Sandales du Christ
* Les Saintes Larmes
* Le Saint Calice, conservé notamment dans la cathédrale de Valence en Espagne dans une version, et dans celle de Gênes, le Sacro Catino, dans une autre. Cette relique très particulière qui aurait servi à contenir le vin du dernier repas de Jésus, appelé Sainte Cène a fait l'objet au XIIe siècle de spéculations mythologiques dans le cycle romanesque des Chevaliers de la Table ronde, où il est identifié avec un talisman mythique de la tradition celtique, le Saint Graal.

4. Reliques de la Passion


* La Scala Santa conservée à la basilique romaine de Saint-Jean-de-Latran, et qui passe pour l'escalier sur lequel se trouvait Ponce Pilate quand il s'adressait à la foule.
* La Sainte Couronne (couronne d'épines) de Jésus : acquise en 1239 pour 135 000 livres, par le roi Louis IX de France. Il fit édifier la Sainte-Chapelle afin de la conserver. Elle a été remise à l'archevêché de Paris en 1804 et toujours conservée au Trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
* La Sainte Face, linge utilisé par sainte Véronique pour essuyer le visage du Christ au cours de sa montée au calvaire
* Les morceaux de Sainte-Croix, dite également Vraie Croix, aurait été découverte en 326 par Hélène, la mère de l'empereur romain Constantin Ier. Elle a ensuite été fractionnée et dispersée : un fragment se trouve à la Basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem de Rome, un autre à la Sainte-Chapelle de Paris depuis Louis XI au XIIIe siècle.
* Les clous par lesquels le Christ fut fixé à sa croix, et notamment le Saint Mors (Carpentras) forgé à partir d'un de ces clous.
* La Sainte Éponge.
* La Sainte Lance qui perça le flanc du Christ lors de sa Passion.
* Le Saint Sang contenu dans un Tabernacle à l'église abbatiale de l'abbaye de la Trinité de Fécamp en Normandie.
* Le Saint Sang du Christ conservé à la basilique du Saint-Sang à Bruges, rapporté en 1150 par Thierry d'Alsace.
* Le Saint-Suaire, notamment le suaire de Turin, qui a fait l'objet d'une procédure de datation au Carbone 14 très controversée.

5. Reliques du Christ postérieures à sa Résurrection

* Empreintes de ses pieds laissées lors de l'Ascension et conservées sur le Mont des Oliviers.
* Empreinte de ses pieds laissées lors de son apparition légendaire à saint Pierre à Rome lors de l'épisode du Quo Vadis.
* Larme versé par une statue du Christ en 998 dans l'église orléanaise de Saint-Pierre-du-Puellier.

6. Reliques de l'âge apostolique

* Les reliques de saint Pierre sont extrêmement importantes puisqu'elles sont, du point de vue catholique, celles du premier des papes romains et que la Basilique Saint-Pierre du Vatican est censée être bâtie sur son tombeau. On conserve dans l'archibasilique Saint-Jean de Latran une relique appelée Chef de saint Pierre. Il s'agit en fait de quelques fragments d'os provenant de l'occiput et de la mâchoire. Par ailleurs des fouilles menées dans les années 60 ont mis au jour sous la basilique du Vatican une ancienne tombe dans un environnement cultuel, portant l'inscription grecque EN(I) PETR, et contenant le corps d'un homme de plus de soixante ans où manquaient précisément les ossements conservés au Latran.
* Les reliques de saint Jacques le Majeur de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.
* Les reliques de saint Marc à la basilique Saint-Marc de Venise.
* Les chaînes qu'aurait portées saint Pierre en prison sont exposées dans l'église romaine de Saint-Pierre-aux-Liens.
* Le doigt de saint Thomas qui avait été porté dans les plaies de Jésus ressuscité conservé dans la basilique romaine de Sainte-Croix-de-Jérusalem.

7. Reliques de saints martyrs


Les martyrs chrétiens, dont certains ont existé, et dont les autres sont imaginaires, sont innombrables, et on en a encore inventé un grand nombre au XIXe siècle sur des bases prétendument archéologiques.

* Les restes des saints Can, Cantien et Cantienne, par exemple, martyrisés au IIIe siècle près d'Aquilée, étaient conservés au Moyen Âge en différents endroits tels que San Canzian d'Isonzo, Milan, Heidelberg et Étampes. Chacun de ces lieux, semble-t-il, pensait détenir l'ensemble ou du moins la plus grande partie des reliques de ces martyrs.
* Le crâne de sainte Foy à Conques.
* Le sang de saint Janvier (San Gennaro) dans la cathédrale de Naples : le sang contenu dans l'ampoule se liquéfie deux fois par an (début mai et le 19 septembre) ; si le « miracle » ne se produit pas, la tradition veut que des malheurs s'abattent sur la ville de Naples.

8. Reliques des Pères de l'Église

Un bras de saint Jean Chrysostome était autrefois conservé à Étampes (Essonne), dans l'église Notre-Dame.
Les reliques de saint Augustin, conservées originellement à Hippone, dans l'actuelle Algérie, passent pour avoir été transférées lors d'une invasion barbare, sans doute celle des Vandales, en Sardaigne. Les Sardes, à leur tour menacés par l'invasion deux siècles plus tard, les cédèrent au roi Lombard Luitprand moyennant 60 000 écus d'or, qui les transféra à Pavie, sa capitale, où elles furent retrouvées le 1er octobre 1695. Elles sont depuis conservées dans la cathédrale de cette ville.

9. Reliques de saints du Moyen Âge

Procession de reliques de Sainte-Thérèse de Lisieux, le samedi 29 septembre 2007, entre la basilique Notre-Dame des Victoires et la chapelle Sainte-Thérèse, au Louvre.

Les restes de saint Benoît passaient pour être détenus par les moines de Fleury, alias Saint-Benoît-sur-Loire, qui les auraient récupérés dans les ruines de l'Abbaye du Mont-Cassin. Mais on les retrouva aussi au dit Mont Cassin lorsque le site fut réoccupé, et la controverse fit rage entre ces deux monastères pendant plusieurs siècles.

10. Reliques de saints modernes

* Les reliques de saint François Xavier conservées à Goa en Inde ont rassemblé en 2004 plus trois millions de pélerins [23].
* Les reliques de saint Benoît Labre (1748-1783) sont conservées pour une part à partie à Amettes et pour une autre dans la basilique de Marçay (Vienne).

11. Reliques de saints contemporains

Une pratique contemporaine étonnante, concernant une sainte récente comme Thérèse de Lisieux (1873-1897), canonisée en 1925, est, plutôt que le démembrement traditionnel entre plusieurs lieux de culte, qui répugne à l'esprit moderne, la circulation à travers le monde de la dépouille du saint ou de ses reliques.

III. Autres principes de classification

On a aussi l'habitude de distinguer trois classes de reliques.

* La première classe est constituée d'objets directement associés à la vie terrestre du Christ (Mangeoire, Croix) ou bien de restes physiques d'un saint.
* La seconde classe est constituée d'objets dont un saint a fait usage (chemise, gant, crucifix, etc.).
* La troisième classe est formée d'objets qui ont été en contact avec des reliques des deux premières classes.

IV. D'autres principes sont en vigueur pour évaluer l'intérêt des reliques de la première classe.

* Les restes de martyrs sont plus prisés que ceux des autres saints.
* On apprécie aussi fort les corps qui paraissent avoir été miraculeusement préservés de la corruption.
* L'intérêt de certains ossements est parfois majoré par la signification symbolique du membre conservé. Ainsi le bras d'un roi comme saint Étienne de Hongrie sera spécialement considéré, ou la tête d'un théologien comme Thomas d'Aquin.

V. Collections célèbres de reliques chrétiennes

Certaines collections de reliques sont célèbres entre toutes.

* Reliques de la Sainte-Chapelle, assemblées par saint Louis.
* Reliques de l'Escurial. Dans le cadre de la Contre-Réforme, Philippe II d'Espagne constitua dans son palais-monastère de l'Escurial l'une des plus grandes collections de reliques du monde catholique: on y trouve quelque 7 500 reliques abritées dans 570 reliquaires répartis dans tout le monastère mais spécialement dans la basilique Saint-Laurent.
* Reliques de la basilique romaine de Saint-Jean-de-Latran et spécialement de sa chapelle papale appelée Sancta Sanctorum.
* Reliques de Saint-Sernin à Toulouse. Il s'agit de l'une des plus belles collections au monde de reliques, mais elle est livrée actuellement à l'abandon le plus scandaleux.
* Reliques de Notre-Dame de Longpont (Essonne). Cette magnifique collection de reliques, la première en importance en France, est actuellement sous la responsabilité de Frédéric Gatineau, prêtre catholique et érudit spécialiste des lieux de culte de l'Essonne. Bien mise en valeur, elle suscite un intérêt croissant dans un lieu de culte qui tend à devenir le centre spirituel de l'Essonne catholique.

Le concile de Trente réaffirme la légitimité du culte voué aux reliques, comme aux tombeaux et aux images; mais elle place la dévotion populaire sous le contrôle étroit de l'évêque, chargé d'en expurger toute superstition, notamment lors de ses visites pastorales dans les paroisses. Le clergé jette alors en effet un regard de suspicion sur l'individualisme du pèlerin et ses dévotions indécentes.

VI. Bibliographie

* Bernard Bourrit, "Martyrs et reliques en Occident" dans Revue de l'histoire des religions, Armand Colin, 2008.
* J.-A.-S. Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses (3 vol.), 1821, dont une saisie mise en ligne par Google.
* Boussel, Patrice, Des Reliques et de Leur Bon Usage, 1971.
* Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink, Dictionnaire du Moyen Âge, article « reliques », page 1198.

Publié dans communion des saints

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