La communion des saints

De manière concise, la sainteté s'exprime comme le désir et la vocation de tout homme à rejoindre Christ dans un état que l'on nomme "communion". C'est, selon l'Évangile, une action impossible à l'être humain mais pas à Dieu et qui se fait par la collaboration de l'être humain à l'action divine dans le monde. Le saint est donc la personne qui parvient à cette proximité.

Tout au long de l’Ancien Testament, on retrouve, comme dans le judaïsme, l’affirmation que seul Dieu est Saint. Cependant, par le baptême et l'adoption filiale qui s'ensuit, les chrétiens sont associés et appelés à cette sainteté, qui est une vocation universelle. L'apôtre Paul parle des saints pour désigner les chrétiens vivant dans telle ou telle ville. En ce sens, la sainteté exprime l'état de communion avec Dieu, dans l'Église, par le baptême.

Les saints au sens strict sont ceux qui, comme le "Bon Larron" à qui le Christ dit "Aujourd'hui, tu seras avec moi au Paradis", sont parvenus à la béatitude éternelle, contemplent Dieu au Ciel et intercèdent pour les êtres humains ici-bas.

Parmi les défunts, étaient réputés saints et vénérés comme tels les martyrs (mot grec signifiant "témoin&quot:) (leur "baptême sanglant" effaçait tout péché) et les apôtres (choisis par le Christ). D'autres saints, comme certains ascètes, seront vénérés plus tard. De plus, ce n’est pas, jusqu’à l’invention de la procédure de canonisation au XIIIe siècle, la hiérarchie qui décide de la sainteté, mais la vox populi . Celle-ci se base sur la pureté du saint, et la recherche d’un absolu à travers la foi. Cette recherche d’absolu peut conduire jusqu’au martyre, jusqu’à mourir ou endurer des tortures pour ne pas abandonner sa foi ; le martyre est, jusqu’à notre époque, un moyen privilégié d’accéder à la sainteté.

Petit à petit, la notion de saint s'est élargie, et de nombreuses personnalités locales dans l'Église primitive et parmi les populations nouvellement christianisées ont acquis la réputation de sainteté. Aujourd'hui, la reconnaissance officielle du statut de saint passe par l'inscription dans le calendrier de l'Église appelé martyrologe.

Les saints forment l'Église triomphante et intercèdent auprès de Dieu pour les hommes d'ici-bas (l'Église militante) et pour les défunts au Purgatoire (l'Église souffrante) : c'est la communion des saints. Tous ces saints, qui n'ont pas forcément été officiellement reconnus ici-bas comme tel, sont fêtés ensemble le jour de la Toussaint.

La fête de la Toussaint, célébrée le 1er novembre, signifie que, au-delà du nombre restreint de personnes canonisées, c'est-à-dire dont on affirme sans ambigüité la sainteté et auxquels un culte peut être adressé, de nombreux chrétiens, voire stricto sensu non chrétiens (par exemple Abraham, Moïse, David, Jo:), ont atteint l'idéal chrétien : la communion avec Dieu.

Les saints inscrits au martyrologe romain sont ceux pour lesquels l'Église catholique romaine déclare être sûre qu'ils sont au Paradis. Ils font donc l'objet d'un culte public dit culte de dulie (du grec δοῦλος, le serviteur) lequel s'oppose au culte de lâtrie (du grec λατρεία, service dû à Dieu) qui n'est dû qu'à Dieu. Dans le cas de Marie, mère de Jésus, une exception est admise, qui se nomme hyperdulie et qui se manifeste dans les lieux d'apparition.

Cliquez pour mieux comprendre comment les écritures nous enseignent sur les saints, les reliques et leurs cultes.
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Même si le Code de Droit canonique parle sans hésiter du culte de Dieu et des saints, il vaut mieux distinguer le culte réservé à Dieu et la dévotion ou la vénération envers les saints. La Constitution sur la sainte liturgie de Vatican II (N° 104) l’exprimait ainsi :

« L’Église a introduit dans le cycle annuel les mémoires des martyrs et des autres saints qui, élevés à la perfection par la grâce multiforme de Dieu et ayant obtenu possession du salut éternel, chantent à Dieu dans le ciel une louange parfaite et intercèdent pour nous. Dans les anniversaires des saints, l’Église proclame le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et ont été glorifiés avec lui, et elle propose aux fidèles leurs exemples qui les attirent tous au Père par le Christ, et par leurs mérites elle obtient les bienfaits de Dieu. »

Célébrer des saints, c’est donc célébrer la Pâque de Jésus-Christ qui a pénétré la vie de croyants et y a porté des fruits de sainteté à la gloire de Dieu. Dans le Corps du Christ on ne peut séparer la Tête et les membres, et la sainteté des membres renvoie à la Tête. La vénération portée aux saints devient un culte rendu au Christ vivant en eux et répandant en eux la richesse de sa grâce. La vie des saints présente quantité d’exemples que nous sommes invités à imiter : c’est ce que nous cherchons le plus souvent dans leur vie ou leurs écrits. Ils sont des témoins : les regarder, les écouter est une manière de méditer l’Évangile qui s’est concrétisé dans les conditions particulières de leur vie.

Entre nous, le Christ crée une solidarité spirituelle : « la communion des saints ». L’amour que nous nous portons les uns aux autres nous fait porter, dans la prière, le souvenir de nos frères. Plus encore, en suscitant la participation de tous à son œuvre de salut, le Christ nous relie les uns aux autres et nous rend, en Lui, acteurs et responsables de la sanctification de nos frères.

Dans cette communion des saints, nous, les vivants, nous prions les uns pour les autres ; nous prions pour nos défunts, afin que s’achève leur adaptation à la sainteté de Dieu ; les saints n’ont plus besoin de notre intercession, mais avec cette charité qui leur vient de Dieu, ils continuent à intercéder pour nous. S’il est vrai que nous ignorons comment fonctionne cette solidarité spirituelle, cependant nous savons qu’elle existe par la générosité divine.

Bernard Soudé

« Tu es glorifié dans l’assemblée des saints : quand tu couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons. Dans leur vie tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux une famille, et dans leur intercession un appui ; afin que soutenus par cette foule immense de témoins, nous courions jusqu’au bout de l’épreuve qui nous est proposée... » (1e Préface des saints)

Article extrait de la revue Célébrer,

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